VOX POPULI VOX DEI

Au début j’étais peu intéressé, même indifférent à cette élection. Pas que l’enjeu n’était pas de taille, mais je ne voyais nulle part un débat d’idée, au lieu de ça, les différents candidats potentiels ou déclarés nous inondaient de leurs portraits retouchés, de slogans bons marches, bref, de la com’ et rien d’autre.

Puis des amis ont commencé à me demander, c’est vrai qu’il y a plus de 30 candidats à l’élection présidentielle chez toi ? Il m’est alors venu à l’esprit la célèbre phrase de Amos Oz, à propos d’Israël, et j’ai répondu par analogie : tout le monde est président au Benin, nous sommes une nation de onze million de présidents, professeurs, premiers ministres, prophètes, tout le monde parle, personne n’écoute…

 » Au premier tour on choisit « , dit le dicton français, je n’aurais choisi aucun d’eux, et je ne l’ai d’ailleurs pas fait, puisque n’ayant pas voté. Qui aurais-je pu choisir ? Les renégats d’un régime moribond ? Les nouveaux visages rappelant fort bien le précédent YAYI, de l’homme providence, devenu le symbole de la prévarication et de l’escobardisme d’Etat ? Les hommes d’affaires, qui soit trainent de lourds soupçons de fraudes en tous genres ou tout simplement n’avaient pas leur place en politique ? Aucun ne m’avait convaincu et j’en suis resté sur ma faim

Puis l’affiche du second tour m’a sauté au visage comme une bombe. Le dicton français poursuit : « … au second tour on élimine ». Il m’a fallu moins d’une seconde pour éliminer. Le choix était à mes yeux évident, il fallait voter Zinsou, le danger était à nos portes, le pire pouvait encore arriver, pas que je redoutais une guerre, une sécession, ou un cataclysme si Talon était élu, mais je pensais et je le pense toujours qu’il y a une grandeur dans la fonction, qui ne doit souffrir d’aucun doute sur la probité et le patriotisme de celui qui prétend l’incarner.

Or,  à maintes reprises, dans mes souvenirs lointains et même récents, on a cité le nom de Talon dans des scandales à hauteurs de milliards de nos francs, sans que jamais, nulle part il n’ait pu faire la preuve de son innocence. Ni dans le coton où ou on l’accuse d’avoir acquis des usines d’Etat de manière opaque, ni dans la gestion des revenus douanières du port dont il a eu le monopole quasi total au lendemain de la victoire de YAYI, ni dans la rocambolesque affaire d’empoisonnement où des sms compromettant de lui ont été rendu publics, et d’autres affaires encore : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/03/18/benin-les-nombreuses-casseroles-du-candidat-talon_4885830_3212.html

Que ce soit clair, je n’ai rien contre l’enrichissement personnel, ni le succès de nos hommes d’affaires, ni même les méthodes employées, dans une certaine mesure bien sûr, car on le dit souvent, c’est justement en poursuivant leurs intérêts personnels qu’ils servent le mieux l’intérêt général. Mais il y a une différence entre pragmatisme et banditisme, entre la ruse et la perfidie. Il y un vaste faussé entre bénéficier aléatoirement de passe droits venant de ses amis politiques, pour faire prospérer son business et spolier systématiquement une économie déjà exsangue.

A ma grande surprise, ceux la même que je considérais comme des esprits éclairés et même des amis que je tenais en grande estime, m’ont répondu sans vergogne : le diable qu’on connait est mieux que l’ange qu’on ne connait pas…vox populi vox Dei n’est-ce pas ?

Non content de plébisciter un homme au parcours sombre et douteux, ils ont trainé dans la boue et le déshonneur la seule personne qui s’est montré à la hauteur de la fonction durant tout le temps de cette campagne. On ne lui aura rien épargné, injustement, méchamment, et même indécemment : sa mère blanche, sa taille, son teint, son élocution, ses vêtements. Ses moindres faits et gestes étaient tournés en dérision, l’imaginaire populaire s’est délecté sur son dos,  on l’a insulté, rejeté avec une violence sans pareille. Subitement il était devenu le comptable des 10 ans de YAYI, le bouc émissaire idéal, celui qui allait perpétuer le régime en place, le colon, etc. j’ai méconnu mon pays et les miens m’ont semblé drogués, aveuglés par la colère et les injustices du régime finissant auquel ils ont cru. Tous semblaient courir au suicide

Depuis on sait, que l’adversaire a lui aussi du sang blanc, que si nul ne peut prouver que Zinsou était le pion de la France colonisatrice, l’autre est bel et bien descendant de négriers, que si Zinsou a vécu plus en France qu’au Benin, l’autre y a passé des années et y possède même un pied à terre luxueux, que s’il est clair que l’autre a financé la campagne du régime décadent, Zinsou lui, a refusé d’y être ministre dès le départ, n’acceptant sa nomination à moins d’un an de la fin du régime, que pour aider son pays à collecter des fonds utiles au développement, etc. etc. Les paradoxes sont interminables, et l’acharnement inexplicable tant rien de ce qu’on reproche à l’un n’est inapplicable à l’autre, et qu’au moins de Zinsou on savait tout de ce qu’on lui reproche dès le départ. N’est-ce donc pas lui le diable qu’on connait ?

« L’indécence de l’argent ne réside pas dans son existence mais dans sa rareté, dans sa confiscation insolente par une poignée d’individus » écrivait Pascal Bruckner, le même (qui une fois n’est pas coutume me rallie à sa cause). En élisant Talon, les béninois ont surtout voté ce qui leur manque cruellement, et dont ils rêvent collectivement, l’argent. Et pour être plus clair, ils ont choisi un modèle d’enrichissement en dehors du système, en dehors de la politique ou de l’Administration publique.

Talon n’est pas devenu riche en faisant de la politique, ou étant devenu directeur d’une société d’Etat, il est devenu riche en utilisant les failles du système. Il ne l’a pas créé, il s’en est sans doute servi, et puisqu’il a su si bien le faire, nul autre que lui ne peut abattre le monstre de l’affairisme qui gangrène l’Etat, et qui a enfanté l’affaire ICC service, l’affaire du concours frauduleux des agents de l’Etat  etc. Talon a volé l’Etat, certes, mais pas les individus. Lui n’a pas touché à nos maigres épargnes. Il fera prospérer les affaires sans que la politique ne s’y mêle, sans que l’Etat ne décide seul, qui peut être riche, et qui n’y a pas droit. Avec Talon, c’est on peut tous être riches, on doit tous être riches, on va tous être riches. Ainsi se résume la logique qui a plébiscité Talon au pouvoir.
Ayant bien compris le message, le tout nouveau président élu, a promis faire prévaloir la compétence sur tout le reste, entendez fini les magouilles et autres combines politiciennes. C’est d’ailleurs ça qui distingue le secteur privé, disait-il, les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. L’affairisme d’Etat, c’en est donc fini. Mais le premier gouvernement de YAYI n’a-t-il pas excellé en cela avec sa kyrielle de ministres apolitiques et bardés de diplômes ?  Ses audits tous azimuts ? Vous me direz qu’à la différence de YAYI, Talon connait mieux la classe politique, et pourra mieux la contrôler, pour qu’elle ne le freine dans ses réformes. Même le PRD qui a soutenu Zinsou s’est déjà rallié à lui, pourriez vous-même ajouter.

Mais peut-on satisfaire 200 partis politiques sans affairisme d’Etat ? Comment remercier Ajavon, l’autre opérateur économique, arrivé 3eme au premier tour, sans priver certains partis politiques du précieux gâteau ? Que peuvent Bio Tchane et Iréné Koukpaki, qu’ils n’aient pu faire durant leur long passage respectif aux gouvernements de KEREKOU et YAYI ? Et puis surtout on l’a appris à nos dépens, un agrégat de ministres compétents n’aboutit pas toujours à une bonne gouvernance, celle-ci nait d’abord de la vision du leader, or ce que pense Talon, le président, ce qu’il ambitionne pour le Benin, et même qui il est au fond, les béninois dans leur immense majorité n’en savent rien. Nous voilà embarqués à nouveau pour 5 ans d’incertitude

La vie des Etats, comme celle des hommes, n’est jamais un long fleuve tranquille, et c’est à l’épreuve du fer que l’on se forge une identité, un soi. En fait, tout nous a toujours été facile, le sort semble nous épargner avec une constance salutaire et j’en rends grâce à Dieu. Ni la transition démocratique, ni nos ethnies pléthoriques, ni nos ardeurs religieuses mondialement connues, ni même cette fameuse « beninoiserie », n’ont jamais débordé au point de nous enliser dans un conflit armé ou de nous confiner au rang des Etats faillis. Aucun de nos présidents depuis le renouveau démocratique n’est issu des rangs d’un parti politique, nous avons tour à tour essayé les militaires, les intellectuels, les médecins, les hommes d’affaires, même les prêtres ont été à un moment associé à la chose politique, cette fois,  pour le meilleur. Au fond nous nous sommes permis tout ou presque, essayé toutes les formules, sans jamais redouter le pire. Etablissant presque toujours un lien de cause à effet entre la profession du président et la qualité de sa gouvernance, simplement, presque naïvement. Nous n’avons pas eu de guerre, mais à quel prix ? Et si cette fois ça échouait pour de bon ? Et si c’était le caprice de trop ?

L’homme providence que nous semblons tant rechercher à  la tête de la nation existe-il vraiment ? Si le président élu n’était pas un vertueux, changera-t-il parce qu’il est devenu président ? Peut-on se mettre à aimer son pays soudainement, parce qu’on est devenu président, si jamais auparavant on ne s’est soucié de son bien être ?

Le « je t’aime envers et contre tous » susurré aux oreilles de YAYI, jadis contre les parti politiques, on vient à nouveau de le murmurer aux oreilles de Talon contre Zinsou, comme si jamais le peuple ne retenait la leçon. Un tel acte d’amour se devrait quand même d’être récompensé à sa juste valeur, mais se jette-t-on ainsi corps et âmes dans les bras de quelqu’un qui a maintenant le pouvoir, l’argent, l’armée, les honneurs, un dieu en somme qui n’est qu’un homme avec ses faiblesses, et qui a prouvé par le passé, qu’il affectionnait particulièrement au moins l’un des attributs ci-dessus mentionnés ? Car Talon aime l’argent et il aime montrer qu’il en a. Regardez la voiture qu’il a utilisée tout au long de la campagne ! Je me demande combien d’années de salaires il faudra pour un béninois moyen afin de s’en acquérir une comme celle-là ?

Avant d’être Mandela, le Madiba était déjà un activiste pour les droits de l’homme et un fervent défenseur de l’égalité blanc et noir en Afrique du Sud.  » Au cours de ma vie…j’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle tout le monde vivrait ensemble en harmonie et avec des chances égales…  »
Disait-il dans une longue plaidoirie en 1964.  Avant d’être Kagamé et de propulser le Rwanda parmi les modèles de développement actuel en Afrique, l’actuel président rwandais avait déjà été un remarquable ministre de la défense et vice-président du Rwanda, ramenant l’ordre dans un pays qui sortait d’un des génocides les plus meurtriers de notre époque : le génocide rwandais.   Avant d’être le président qui bannit les célébrations pompeuses de l’indépendance et de ramasser des ordures à  la place de la revue des troupes habituelles, John Magufuli, le président tanzanien avait été surnommé le « bulldozer » du temps où il était ministre des travaux publics à cause de la rapidité avec laquelle il menait à bien la construction des routes. La présidence n’est pas une fonction magique, qui soudain vous donne les vertus, la sagesse, la grandeur si vous ne les aviez pas déjà. De Talon, je ne connais que le sens des affaires, tout ce qu’il peut être en tant que président m’est énigme. De l’amour de ce pays, il ne m’a jamais fait aucune preuve, de l’intérêt général, ou du patriotisme il n’a jusqu’ici jamais été un chantre. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ?

Talon peut décevoir, et il décevra, car tout le monde ne deviendra pas riche, du seul fait que l’Etat laissera faire. De nouveaux riches naitront en lieu et places des précédents, au détriment de la masse populaire.  Il décevra parce que c’est notre système démocratique qui est en crise, comme l’explique Antonio Gramsci  » Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent des monstres ». Le vieux monde à nous, celui des générations spontanées au sommet de l’Etat, a failli depuis 1990 à proposer un modèle économique viable. Il se meurt sous l’exaspération du peuple.  Le monde nouveau, c’est celui d’un consensus national sur un plan de développement économique de 20 ans au moins, auquel les différents présidents n’apporteront qu’une nuance. Talon décevra parce qu’il découvre un monde qu’il ne connait pas, un monde ou les vertus qu’on lui attribue ne sont pas forcément un avantage. Il décevra parce qu’il n’est pas de la race des grands hommes qui influent durablement sur la vie de leur pays, ceux-là, on les voit toujours venir, on les connait pour leurs luttes antérieures, leur victoires sont l’aboutissement d’une cause, d’une idée et surtout pas le pinacle d’une ascension personnelle, qu’on soupçonne même de s’être faite sur le dos du peuple.

 

 

Ademola Unnel AGBADJE

LETTRE À LA JEUNESSE BÉNINOISE

Jeune Béninoise,  jeune Béninois.  à quelques semaines  de l’élection présidentielle dans notre pays, nous assistons comme d’habitude au ballet interminable des prétendants  à la fonction, cette fois plus long que d’ordinaire, avec chose exceptionnelle l’entrée en lice de certains des plus influents hommes d’affaires du Benin.  Permettez-moi en peu de mots de partager avec vous les réflexions que m’inspirent la situation actuelle, comme autant d’enjeux  devant nous pousser à  exiger de chacun des  candidats un engagement clair sur certains défis majeurs auxquels notre pays fera face dans les cinq prochaines années. Ces défis ont pour noms,  le plan de développement économique,  la question épineuse de l’éducation et la réduction du train de vie de l’état.

747

Le plan de développement économique que nous devons exiger aujourd’hui de nos candidats a deux buts principaux: éviter les éternels recommencements, et pouvoir mesurer de façon Claire et simple  l’action du président à la tête du pays au terme de son mandat de cinq ans.  Nous avons eu depuis le renouveau démocratique, trois présidents, qui ont pratiqué trois politiques différentes avec un succès relatif. Soglo voulait plus de routes, Kérékou, plus de pouvoir d’achat (souvenez-vous du minimum social commun) et Yayi, plus de microfinance pour les femmes en zone rurale. Même si chacune de ces initiatives a eu son mérite, il faut remarquer qu’aucune d’elles n’a vraiment été achevée, au sens où on aurait un vrai bilan, et un statut de meilleur de la classe, comparé aux autres pays de la sous-région. Au contraire, ces différents chantiers ont été tour à tour abandonnés aussitôt que changeait le locataire de la Marina.

En définitive, nous n’avons tout à fait  réussi ni les routes, ni le pouvoir d’achat, et pour la microfinance, on verra ce que fera le prochain président. Une nation ne se construit pas en cinq ans, et il faut que le futur président comprenne, que son action pour être utile, devra  comporter un volet dédié au suivi des précédentes priorités économiques sous les trois régimes post démocratiques que nous avons connus

Pour autant, son action doit rester mesurable, quantifiable, sur le plan macroéconomique, afin qu’on puisse juger son mandat à l’aune  des indicatifs économiques et non des discours vaseux. A cet effet, je voudrais ici partager une histoire politique et démocratique qui pourra inspirer nos candidats

En 2007, un an après que nous ayons plébiscité Yayi Boni à la tête de notre pays, drogués collectivement par le “ça peut changer, ça va changer, ça doit changer”, un pays que je connais bien, la Corée du Sud, entrait en pleine campagne pour élire son nouveau président pour 5ans non renouvelables.  Lee Myung Bak, ancien PDG du groupe Hyundai, ancien maire de Seoul la capitale et surnommé le Bulldozer était le favori des élections. Son slogan: 747

747 correspondait à ceci: 7% de croissance économique par an (à l’époque la Corée connaissait 4% de croissance économique); 40,000 dollars annuel de revenue par habitants (à l’époque, le coréen moyen gagnait 20,000 dollars à l’année, ce qui équivaut a peu près à 1 million de CFA par mois), et plus important encore, Le candidat Lee, prévoyait de porter la taille de l’économie coréenne du 12eme rang mondial, au 7eme rang. Voilà en un mot, ou plus exactement un nombre, le programme politique résumé d’un candidat qui convainc. Pas de poudres aux yeux, juste trois chiffres, qui renferment une réalité concrète, un objectif quantifiable, 747, comme le Boeing.

Il nous faut exiger simplement du prochain président ce qui apparait comme une évidence, le Béninois moyen gagne aujourd’hui par mois 40,000 CFA, combien devra –il s’attendre à gagner en plus au terme de votre quinquennat? Et comment comptez-vous atteindre cet objectif ?  Si nous jeunes ne posons pas cette question, qui la posera donc? Et si cette question n’est pas posée du tout aujourd’hui, qui donc pourra se plaindre quand le prince aura passé cinq années à se tourner le pouce, et à se sucrer au nez et à la barbe de tous?

 

L’école, redonnez lui un sens!

S’il y a un thème qui devrait dominer la prochaine campagne électorale au Benin, c’est bien celui de l’éducation. A cet égard je voudrais partager ici l’expérience de 3 pays dans le domaine: Cuba, la Suisse et l’Inde, aux trois niveaux d’éducation, primaire, secondaire et universitaire

En 1961, c’est à dire il y a 55 ans, le Cuba avait un taux d’alphabétisme équivalent à  60~70% et le gap entre le taux d’analphabétisme en zone rurale était de quatre fois supérieur à celui en ville.

Pour pallier ce problème, Fidel Castro mit sur pied la campagne nationale d’alphabétisation dont l’esprit était que chaque cubain qui savait lire et écrire, devait enseigner à son tour à un cubain analphabète.

Le programme  basé sur le volontariat consistait à construire des classes, former  de nouveaux enseignants  et apprendre à lire et écrire à la masse rurale, paysans et agriculteurs.  De janvier à décembre 1961 environ 10,000 cubains, enseignants et élèves y participèrent. Et l’année qui suivit, le Cuba atteignit 96% de taux d’alphabétisme avec près d’un million de cubains qui étaient arrachés à l’illettrisme.

Aujourd’hui, l’Unesco classe le Benin parmi les pays au taux d’alphabétisme le plus bas au monde, au même titre que l’Afghanistan, un pays qui sort d’une guerre  avec 50% seulement de la population sachant lire et écrire.  Pire encore, dans certaines régions du nord du pays, ce sont les écoles coraniques qui ont remplacé l’école nationale publique, chose bien sûr que nos politiciens laissent faire par peur de froisser un certain électorat.

L’example cubain cité plus haut présente 2 intérêts majeurs pour le Benin: vaincre l’illettrisme bien sûr, mais aussi redonner un sens au volontariat populaire, à la mobilisation civique et à une certaine forme de solidarité nationale. Quand on imagine par example que chaque année des jeunes américains dans le cadre du Peace Corps program parcourent des milliers de kilomètres loin de leur famille et confort, pour aller enseigner dans des zones que certains cotonois ignorent jusqu’au nom, il n’y a pas de raison que des jeunes de 16-18ans comme dans le programme cubain ou des retraités Béninois ne puissent  “sacrifier” une année pour faire reculer l’illettrisme au Benin.  Mais pour ce faire, il faudra une volonté politique au service d’une bonne organisation de cette campagne pour l’éducation.

Au secondaire, ce qui rend inefficace notre système éducatif, c’est la trop grande  importance du cursus général, qui fabrique les “akowé” de la République. En effet un tel système est trop théorique, trop porté sur la littérature et les langues au détriment des sciences. Ceci n’est pas mauvais en soi, mais dans le contexte actuel du pays, caractérisé par un tissu économique peu diversifié et faible, avec son taux de chômage comme corollaire, il faut déjà au secondaire doter nos élèves d’un savoir-faire pratique pour d’une part amoindrir le poids du secteur informel et d’autre part jeter les bases nécessaires à une croissance de la production interne.  Ce qui a produit le phénomène des zemidjans c’est le chômage  de masse chez les jeunes, mais aussi le manque de qualification pratique ou professionnelle pouvant conduire à d’autres formes d’entreprenariats. En Suisse par example, 70% des jeunes entre 15 et 20ans travaillent en entreprise 3 à 4 fois par semaines et 2 fois seulement suivent des cours théoriques  en école, dans le cadre d’un system appelé apprentissage. Les entreprises offrent près de 230 formations en fonction des besoins et le tout est géré par les collectivités municipales.  L’avantage c’est qu’aujourd’hui, alors que la plupart des pays d’Europe connaissent un taux de chômage record, surtout au sein des jeunes,  la Suisse a seulement  6% de jeunes chômeurs,  contre 24% en France.

Enfin, au niveau universitaire le vrai drame est que peu de formation aboutissent à un emploi, et donc présentent une réelle utilité.  Prenons l’example de L’ENAM, une école de référence créée pour former l’élite de l’administration publique comme l’ont fait les Français avec L’ENA.  Combien de filières à L’ENAM aujourd’hui conduisent réellement à l’embauche? Est-ce encore normal qu’on forme tant de jeunes pour servir l’Etat alors même que le secteur privé manque de cadres qualifiés? Combien de jeunes issus de la filière Diplomatie et Relations Internationales  par example ont une chance d’être recrutés aux Affaires Etrangères même 5 ans après l’obtention de leur diplôme?

Une erreur souvent commise lorsqu’ il s’agit de l’université dans les pays pauvres est de penser que le plus important c’est l’enseignement universel, au primaire et au secondaire. Ce qui est vrai, mais il faut penser l’éducation dans sa globalité.  L’Inde a fait une expérience toute particulière en la matière.

Malgré son taux d’analphabétisme élevé, l’Inde a investi dans des instituts scientifiques de pointe pouvant recevoir des étudiants brillants et les former aux normes internationales en matière de science et de technologie. C’est le cas par example Du Massachusetts Institute of Technology (MIT) INDIA

Grace à une telle stratégie, l’Inde accueille des géants mondiaux en matière d’innovation et de technologie. Plusieurs grosses entreprises d’animation telles que Disney ou Imax montent leurs effets spéciaux  pour films, et jeux vidéo en Inde grâce à  une main d’œuvre qualifiée, et au cout de production compétitif.  Sans une poignée de jeunes ingénieurs, scientifiques, bien formés et ayant accès aux outils les plus avancés de de la recherche scientifique, il sera difficile d’attirer un certain profil d’investisseurs dont nous avons pourtant besoin pour par example améliorer la qualité de nos exportations.

Je vais être plus concret. De grandes entreprises comme Samsung, Renault, Canon etc. sont obligés de délocaliser leurs usines de fabrication et parfois leurs unités de recherche et développement à partir de leur pays d’origine, Corée, japon, France etc. dans des pays comme la Chine, l’Inde, le Vietnam  à la main d’œuvre moins chère pour amoindrir les couts de production. Malheureusement, peu d’entre ces entreprises ont délocalisé en Afrique subsaharienne. La raison tient surtout au manque de main d’œuvre qualifiée et à la politique de taxation des entreprises étrangères. Imaginez donc  aujourd’hui que Samsung  veuille ouvrir  au Benin une usine de montage de ses smartphones destinés au marché africain. Avons-nous assez de main d’œuvre qualifiée pour ce travail? Imaginez qu’une multinationale pharmaceutique veuille faire de même, et créer un laboratoire ou une usine de fabrication de médicaments au Benin. Avons-nous assez de chimistes qualifiés sur place pour garantir une telle production? Voilà les questions auxquelles n’importe quel candidat doit pouvoir nous donner des réponses et des solutions pour les 5ans à venir.

No nonsense

Mon dernier point concerne le gaspillage des deniers publics.  La question de la réduction du train de vie de l’Etat est d’abord une question d’éthique et de bon sens. On ne dépense pas ce que l’on n’a pas, sinon c’est faire payer aux générations futures les fruits de son irresponsabilité.

Apres son élection en octobre dernier, le nouveau président de la Tanzanie a fait supprimer les festivités de l’Independence nationale, considérées comme trop couteuses et non indispensables à la bonne marche du pays. Cette décision à mon avis est de l’ordre du symbolique, car l’économie à réaliser est en fait très minime, mais le symbole est très fort, et a l’avantage d’annoncer les couleurs de la présidence Magufuli : le “no nonsense” comme leitmotive de son action politique.

Ce “no nonsense”, le nouveau président Béninois devra lui aussi s’en inspirer car des nonsense, il y en a pêle mêle dans notre République, suscitant une saignée a vif des caisses de l’Etat. Je voudrais citer ici deux examples:

Il y a quelques jours,  un député à l’assemblée, a dans un souci de transparence posté sur sa page Facebook, le détail de ce que le contribuable, comme il l’a si bien mentionné lui paye chaque mois. Tout compte fait, il reçoit presque 3millions de FCFA pour son travail de parlementaire. Cela représente Presque 70 fois, le Revenu National Brut par Béninois chaque mois,  qui s’élève à  $890 l’an selon la Banque mondiale. Ceci est proprement scandaleux car rien, ni aucun talent ne devrait justifier qu’un député, élu du people, quel qu’il soit, puisse gagner 70 fois plus que le Béninois moyen  le mois. Avec une telle différence de revenue, comment peut-on prétendre comprendre les problèmes des citoyens ordinaires, comment peut-on initier des lois qui ont un sens à leurs yeux? Le décalage est tel, qu’il ne peut même pas y avoir de contrat social possible, il n’y a aucun moyen de dialogue, et  il sera vain de croire que la politique dans ces conditions puisse avoir un quelconque effet sur la vie des gens. Il faut que le prochain président réunisse la classe politique et lui arrache un accord de principe suivant lequel aucun élu du peuple, responsable politique, président, ministres, conseillers etc. ne gagne plus de 10 fois le salaire moyen d’un Béninois.  S’ils veulent gagner plus, qu’ils s’arrangent d’abord pour relever le SMIG.

Le deuxième example a aussi trait à la vie de nos institutions, car il s’agit de l’existence même de la Haute Cour de Justice.

Depuis sa création, cette institution n’a fait aboutir aucun dossier, n’a jugé aucun homme politique car toutes les plaintes se sont heurtées au verrou de l’immunité parlementaire. Et puisque les loups ne se mangent pas entre eux, nous ne savons pas exactement pourquoi il faille maintenir une telle institution

La haute cour de justice, ce sont des juges, rondement payés, ce sont  des frais de fonctionnement, c’est un budget, ce sont des employés, c’est aussi un bâtiment  et du matériel roulant,  que rien ne justifie. C’est donc du gaspillage pur et de l’argent jeté par la fenêtre alors qu’on en a besoin pour faire construire des écoles et des hôpitaux.

Le prochain président devra avoir le courage dès son entrée en fonction, fort de sa majorité au parlement, de supprimer cette institution de notre constitution et de lui substituer une cour ad hoc qui ne sera constituée qu’après le vote du parlement autorisant la comparution devant ses assises d’un Homme d’Etat fautif.

Les cas de gaspillage sont non exhaustifs et on pourrait en citer bien d’autres. Il faut que le nouveau président en prenne la mesure et annonce les couleurs  de son action dès  maintenant.

Assez des querelles de personnes, de qui est Yovo ou pas, ou de qui a trahi qui etc. Notre pays est en péril, il se meurt, et nous devons exiger maintenant un débat national et leur poser  à ces candidats, les yeux dans les yeux les questions qui fâchent, les questions auxquelles ils n’ont pas de réponse, je le sais.

 

Unnel Ademola Agbadje

unnelbn@yahoo.com